Portage salarial : ce que vous touchez vraiment selon votre TJM

La France compte aujourd’hui environ 1,3 million de freelances, et ce chiffre continue de grimper. Pourtant, beaucoup hésitent encore sur le statut à adopter : micro-entreprise, SASU ou portage salarial ? La question n’est pas anodine, car selon le choix retenu, le net en poche peut varier du simple au double, à chiffre d’affaires identique.

Du TJM au salaire net : pourquoi le calcul mérite attention ?

En portage salarial, le revenu réellement perçu représente entre 48 et 55 % du chiffre d’affaires HT facturé. Concrètement, un TJM de 600 euros sur 18 jours travaillés par mois génère environ 5 400 euros nets, après déduction des frais de gestion (généralement entre 5 et 10 %), des cotisations sociales et de l’impôt. Ce ratio peut surprendre, mais il intègre une protection sociale complète : assurance maladie, retraite, et surtout accès à l’allocation chômage (ARE), un avantage absent du statut de micro-entrepreneur.

Avant de s’engager, faire une simulation portage salarial permet de projeter ses revenus à partir de son TJM réel et de comparer les statuts à situation équivalente. C’est souvent à ce stade que les idées reçues tombent : le portage n’est pas forcément désavantageux, il redistribue différemment.

Un point à ne pas négliger : 37 % des salariés portés déclarent moins de 10 000 euros bruts annuels, ce qui reflète un usage souvent partiel du dispositif, en activité complémentaire ou lors d’une transition. Cela change sensiblement le calcul, et justifie d’autant plus de simuler avant de décider.

Un cadre légal solide, mais des conditions d’accès à connaître

Le portage salarial est encadré par une ordonnance d’avril 2015 et une convention collective (IDCC 3219) mise à jour en juillet 2024. Ce cadre fixe notamment un salaire minimum de 2 898 euros brut mensuel (75 % du plafond de la Sécurité sociale en 2024) et un TJM plancher de 250 euros par jour. Le dispositif est donc réservé aux prestations intellectuelles : informatique, conseil, formation, ingénierie, management de transition. Les professions réglementées et les activités commerciales en sont exclues.

Le secteur a par ailleurs connu une croissance marquée : de 225 sociétés de portage en 2015, on est passé à 518 en 2022 selon le rapport de branche PEPS, avec 67 % des salariés portés désormais en CDI, contre 35 % sept ans plus tôt. Le portage n’est plus un dispositif de transition ; il s’est installé comme un mode d’exercice à part entière. La facturation électronique, devenue obligatoire en 2026, est automatiquement gérée par les sociétés de portage, ce qui allège la charge administrative des consultants.

Portage ou micro-entreprise : deux logiques de liberté

La micro-entreprise attire par sa simplicité : 76 % des freelances français y ont recours. Mais elle plafonne le chiffre d’affaires à 77 700 euros pour les prestations de services et n’ouvre pas droit à l’assurance chômage. La SASU offre plus de souplesse, mais exige un suivi comptable rigoureux. Le portage salarial occupe un espace entre les deux : il préserve l’autonomie du consultant tout en lui garantissant une protection proche du salariat.

Ce choix dépend aussi du profil. Le salarié porté-type est cadre ou profession intellectuelle supérieure dans 83 % des cas, avec un TJM qui varie selon les secteurs : entre 700 et 1 200 euros par jour pour un consultant en stratégie, entre 300 et 600 euros pour un designer. Pour les freelances qui évoluent dans la tech, le design ou le conseil, le portage mérite clairement d’entrer dans la comparaison. 

Le statut idéal n’existe pas de façon abstraite : il dépend du volume d’activité, du secteur, de la situation personnelle. Ce qui est sûr, c’est que la décision gagne à être prise sur des chiffres concrets plutôt que sur des impressions.

Portage salarial : ce que vous touchez vraiment selon votre TJM